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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 21:52

 

 

M. Ebneter, pouvez-vous nous dire quelles sont les circonstances dans lesquelles Rilke a découvert le Valais?

 

Après une première visite à Sion et à Sierre en 1920, en compagnie de Baladine Klossowska, Rilke y retourne en 1921, venant de Genève. Il logera à l’Hôtel Bellevue (Sierre). A ce moment-là, il est à la recherche d’une demeure appropriée, offrant la solitude nécessaire à l’achèvement d’une œuvre maîtresse, les Élégies de Duino commencées en 1912. A Sierre, il est tenté par la tour de Goubing, toutefois déjà occupée par la famille de Rham. Rilke et Baladine sont sur le point de quitter Sierre quand ils découvrent, dans une vitrine, une annonce disant: «Château à vendre ou à louer». Il s’agit de Muzot qui offre peu de confort (ni eau courante ni électrictié, poêle en pierre ollaire). Après des hésitations du côté de Rilke et des tractations avec la famille, le poète décide de faire un «essai d’habitation» dans ce qu’il appelle aussi un «harnais». Il compte y rester trois mois, au plus… Il y sera finalement jusqu’à la fin de sa vie en 1926, avec toutefois quelques séjours en dehors du Valais (notamment Bad Ragaz, ainsi que Paris en 1925), sans compter ses différents séjours à la clinique de Val-Mont sur Montreux, à partir de 1923.

 

Quels éléments ont touché le poète de prime abord?

 

La beauté des paysages, p.ex. la «broderie» des vignobles autour de Saxon, les montagnes ressemblant à des gobelins, le charme du XVIIIe siècle qui semble conservé dans ces contrées. Il est fasciné par les espaces qui s’ouvrent et se transforment au fur et au mesure qu’on remonte la vallée, par le jeu d’échecs des collines dans le Valais central. La flore et la faune et d’autres éléments lui évoquent la Provence et l’Espagne. Le Rhône relie ce pays à la France où il a connu ses années les plus fécondes. La «lumière vibrante, légère et spirituelle» du Valais fait penser à celle de l’Île-de-France. Ce qui lui parle, c’est ce mélange de nature cultivée et de nature sauvage, un paysage dur qui sait se faire tendre dans les vergers, les prés, les vignes et les champs (qui existent encore). Les hauteurs qui ne sont que pâturages (Montana, Mayens-de-Sion) n’ont rien à lui dire, en revanche. Il ne visitera aucune vallée latérale, si l’on excepte une petite excursion à Loèche-les-Bains qui ne laissera guère de traces.

On peut dire qu’il appréciait en premier lieu la plaine du Rhône et les bas coteaux, les vignes, les vergers, les collines, le Rhône, le bois de Finges…

 

Quelles relations le poète praguois a-t-il entretenu avec les Valaisans? S’en est-il approché ou a-t-il vécu dans une sorte de tour d’ivoire?

 

Il montre du respect pour les villageois et entretient des relations amicales avec un certain nombre de familles. Parmi celles-ci, on peut citer Jeanne de Sépibus et son mari, la famille de Chastonay, Henri Détraz (directeur Alusuisse), mais aussi Mme Imwinkelried à Venthône (qui s’occupait de la chapelle de Muzot) ou le jeune Henri Gaspoz de Veyras qui sera son petit bonhomme à tout faire; il fend son bois, amène son courrier à la poste, etc.

Rilke recevait aussi un grand nombre de visiteurs venus de l’extérieur, comme Paul Valéry, Rudolf Kassner ou la princesse Marie de la Tour et Taxis, pour ne citer que trois noms. Son réseau de connaissances était très vaste et s’étendait à travers l’Europe.

 

Rilke a-t-il développé des liens directs avec les artistes et la culture de notre canton?

 

Rilke connaissait quelques artistes comme Edmond Bille (et sa fille Corinna), Charles-Clos Olsommer. C’est d’ailleurs une visite dans l’atelier du peintre Alexandre Blanchet, à Genève, qui avait incité Rilke et Baladine à venir en Valais. Blanchet avait peint des scènes valaisannes (Marché à Sion; Vendanges en Valais). Rilke connaîtra aussi Alice Bailly, peintre, qui lui rendra visite durant le séjour qu’elle fait à Sierre. Rilke se demande pourquoi le Valais, pourtant si beau, n’a pas produit davantage de peintres et de poètes. Il découvre le recueil de Louis de Courten (1880-1903), intitulé La Terre valaisanne. Il se rend aussi aux Archives d’Etat et à la bibliothèque afin d’y étudier ou d’emprunter nombre d’ouvrages sur l’histoire du Valais, ses lieux, ses monuments et sa noblesse. De larges extraits manuscrits sont conservés.

Rilke est un grand promeneur. Il connaît bien la Noble-Contrée et monte souvent à Anchettes, à Venthône, à Vercorin. Il aime la chapelle de Corin, il se promène dans le vignoble des Bernunes (près de Miège) et dans la forêt de Finges, muni de son carnet de notes. Il va à pied jusqu’à Loèche-Ville (par Varone). Il visite Sion et ses collines (à maintes reprises), mais aussi St-Pierre-de-Clages ou Rarogne.

Il admire les villages et leur architecture, même si les maisons, y compris celles de la noblesse, sont souvent pauvres et délabrées.

 

Quels thèmes, paradigmes, éléments inédits, le Valais a-t-il apporté à la poésie de Rilke?

 

Il le compare plutôt à des contrées visitées antérieurement, comme la Provence, l’Espagne, la vallée du Nil. Il n’est guère attiré par la montagne en tant que telle. Celle-ci l’intéresse dans la mesure où elle contribue à former, à délimiter des espaces. Il est sensible au jeu des lumières et des ombres sur les coteaux, aux couchers du soleil, aux couleurs du ciel.

On peut citer aussi le «peuplier à sa place juste», les cascades, les tours, les vergers, la vigne, les collines, le Rhône, etc. Tout cela se reflète dans sa poésie. Mais à ce stade de sa vie et de son œuvre, Rilke n’est plus vraiment à la recherche d’un paysage nouveau, d’impressions inédites. C’est plutôt une saison de «récolte», de concentration de tout ce qui a pu le marquer au fil de sa vie.

Ceci dit, on retrouve sans doute quelques traces du Valais dans les Élégies de Duino ou dans les Sonnets à Orphée, mais surtout dans ses poèmes paysagers, qu’ils soient allemands ou français. Puis, bien entendu, dans ses receuils en langue française tels que Vergers ou Les Quatrains Valaisans; ces derniers sont un véritable hommage au pays qui lui a permis l’achèvement des Élégies.

Sans oublier son abondante correspondance, de haute qualité littéraire, dans laquelle il ne cesse de faire l’éloge du Valais.

 

Cette exposition est-elle appelée à se développer?

 

C’est une exposition permanente. La partie audio et vidéo peut évoluer, mais à part cela, elle restera probablement inchangée pour quelque temps. Ce qui n’exclut pas des expositions thématiques qui pourraient s’ajouter temporairement, ou l’organisation de petits colloques.

Nous envisageons par ailleurs une publication sur le thème de l’exposition, une sorte d’anthologie composée de poèmes et d’extraits de lettres de Rilke en lien avec le Valais. Un dossier pédagogique à l’intention des écoles à été mis en ligne, et des visites guidées seront organisées.08-Rilke-vignobles-Goubing.jpg

Une exposition permanente nous fait découvrir actuellement le regard qu’a porté le poète Rilke sur notre canton où il a séjourné entre 1921 et 1926. Un itinéraire passionnant que nous fait savourer le conservateur de la Fondation Rilke à Sierre, Curdin Ebnter, que nous avons rencontré. A noter que ce dernier a été épaulé par Sarah In-Albon, coordinatrice de l’exposition.

 

P9060396.JPG 

 

Curdin Ebneter, responsable de la Fondation Rilke jmt

 

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 09:56

Folle chevauchée dans les steppes

espaces de vent et de sources fraîches

âmes sauvages

les transparences de la lumière

construisent

un infini de formes et de couleurs

soleil blanc

le rêve s'estompe

j'ais soif de vie

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 21:46
  • 1796234620_0eef9cb7f5.jpgAprès-midi discrète
  • les prairies en fauche
  • ondulent à l'infini
  • les sonnailles habitent l'air tiède
  • bâtissent d'étranges mélodies
  • qui dilatent le temps
  • les merisiers ont été pillés par les moineaux
  • la saison bascule irréversiblement
  • entre chien et loup
  • les jours raccourcissent
  • les ombres s'allongent
  • et tissent d'étranges marqueteries
  • sur le sol parcheminé
  • il est comme une flûte fragile
  • qui joue des airs légers
  • pour l'âme d'automne
  • qui pleure bien trop souvent

 

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 20:17
  • Le vent sur le pierrier immobile
  • les vagues d'herbe roussie
  • qui courent jusqu'au ciel
  • les flots d'azur
  • respirent fort
  • s'emplissent  d'espace
  • le soleil tourne
  • les mots s'endorment
  • au fond de ma gorge
  • les écharpes d'air bleu
  • enveloppent
  • mon corps et mon âme
  • enfin le silence
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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 21:05

5278955941_133bc9de69.jpgL'onde de ta voix

sur les parois d'air bleu

la silhouette de ton corps

dans le contre-jour
de la colline

la lumière de tes yeux

sur les contreforts
de la montagne

solstices et lunaisons magiques

la brise enveloppe

nos rêves les plus fous

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 19:36
  • 5563565365_a51be32062.jpgUne gerbe de copeaux
  • jaillit dans l'air transparent
  • braises orangées
  • lumières vibrantes
  • le fût de l'épicéa
  • tombe dans un bruit sourd
  • sur le sol humide
  • le bûcheron a mis à mort l'arbre
  • dans la fraîcheur du matin
  • le silence revient à nouveau
  • mais l'équilibre est fragile
  • dans la forêt encore tout émue
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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 16:25

Grains éclatés

feuilles lacérées

terre ravinée

je ne vois plus

qu'un 2557969342_2c550a29e1.jpgsol de labours

la grêle a déchiré

en quelques minutes

une après-midi trop calme

vigne dévastée

la vendange sera

celle des passereaux

au milieu d'une saison noire

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 15:19

Didier Heumann vient de publier son premier roman «L’âme des tonneaux aux éditions de l’Aire: l’auteur est un scientifique qui a une carrière professionnelle étoffée dans la recherche fondamentale et la recherche médicale. Sa passion pour la science et le vin l’a poussé vers un projet poétique de vulgarisation des notions scientifiques attachées à la magie du vin et de ses mystères. L’oenologie,la biologie de ces nectars,la découverte des transformations chimiques, la poésie d’un univers riche de secrets et de découvertes vous les trouverez dans «l’Ame des tonneaux». Interview de l’auteur Didier Heumann.

 

Le vin , la vigne, les vignerons un monde en soi, comment en êtes-vous tombé amoureux?

 

Comme une grande proportion de gens qui naissent en Valais, on tombe dans la vigne tout petit. La pioche, le désherbage, les effeuilles, toutes ces tâches ingrates qui ont marqué mon enfance. Alors arrivent les vendanges, ce moment de bonheur, synonyme d’espérance et de plénitude.

 

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un livre sur un sujet si souvent traité et comment faire pour le rendre attrayant pour le grand public en parlant de macération, fermentation, levure, nanogramme de produits sophistiqués, ménades, satyres, Dionysos…?

 

Les traités d’œnologie sont légion et ne s’adressent souvent qu’aux professionnels. Et pourtant, ils ne sont que le reflet des processus de la vie. Les levures et les bactéries qui fabriquent le vin sont des êtres vivants comme nous, dont le but est de vivre et de se reproduire. Pour accomplir leur tâche, pour obtenir leur énergie vitale, elles fermentent les sucres de la pulpe des raisins. Mais elles vont aussi fabriquer, malgré eux, des centaines d’arômes pour le bonheur de nos papilles.

 

 

Pouvez-vous résumer la trame narrative de votre ouvrage en quelques phrases, de manière à prendre le lecteur par la main et à l’emmener dans votre univers?

 

 

L’idée était de partir d’un vigneron qui avait lu des ouvrages d’œnologie mais n’avait, hélas, pas compris grand chose à la chimie de la vie et des levures. Comment mettre à la portée du grand public de notions ma foi assez complexes ? J’ai demandé aux levures du tonneau d’expliquer à notre vigneron les mystères du vin. J’ai aussi introduit dans l’histoire un cousin du vigneron, qui lui ne s’en tient qu’aux connaissances scientifiques actuelles.

 

Comment concilier de manière littéraire et concrète poésie, science, récit littéraire?

 

 

Le vin n’est que poésie et partage, mais la chimie du vin ne l’est pas. Ce n’est que de la science, des processus fort complexes, avec des milliers de molécules en jeu.

 

Quel était l’objectif premier de votre démarche artistique?

 

 

Ces levures que j’ai romancées et imaginées être des descendants des dieux grecs expliquent simplement et de manière poétique les processus de la vie. J’ai évidemment triché un peu. La plupart du temps, elles disent la vérité. Mais souvent, elles inventent à leur manière, lorsque les œnologues n’ont pas de solution au problème. Puisse Homère me pardonner d’avoir trahi parfois sa pensée !

 

Que pensez-vous de la littérature contemporaine en tant que scientifique, écrivain à vos heures, lecteur?

 

 

Dans les librairies vous trouverez généralement des essais, des ouvrages techniques. Et ces livres ne sont lus que par des experts ou par des professionnels. A l’inverse, vous trouverez des ouvrages grand public, ultra simplifiés, qui ne donnent qu’un aspect limité, souvent tronqué des choses. Pensez aux livres qui vous veulent donner une solution à votre régime alimentaire. Ce livre est un compromis entre les deux genres, mais à ma connaissance, les auteurs qui ont tenté de romantiser la science ne sont pas légion.

 

 

Des projets en cours dans la création littéraire?

 

J’écris actuellement un livre de cuisine en collaboration avec un grand chef suisse étoilé. L’objectif est de décrire des recettes en adéquation avec ce que l’on connaìt de la diététique d’aujourd’hui.

 

Editions de l'Aire-Didier Heumann "L'Ame des tonneaux"

 

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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 15:15

1458852517_a10d2f1c37.jpgLa montagne

ses racines magmatiques

ses envols de lumière

son poids de paroles

et la mémoire

au centre de l'aube

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 20:48
  • Jardin domestiqué
  • haies de vent et de senteurs
  • qui s'élèvent jusqu'au ciel
  • espace d'enfance et de liberté
  • à même le temps
  • si fragile et sauvage
  • caresse du soleil sur quotidien
  • regards innocents et vagabonds
  • jeux de lumières sur la page végétale
  • tout près de la maison
  • tout près du souenir

 

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