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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 17:29

 

L’atelier « 16art » de Chez Paou a réalisé en octobre 2017 à Sion une exposition  hors du commun. Les artisans-artistes ont ainsi insufflé  une seconde vie à des objets abandonnés.

 

«L’existence n’est pas pour tous  pas un long fleuve tranquille. Les cabossés de la vie de Chez Paou en savent quelque chose »  affirme Jacques Gasser, organisateur  d’une exposition inédite  à la galerie de la Treille. Une expo   qui vient valoriser leur engagement  dans une expérience créative étonnante, ils fabriquent des objets utilitaires et des sculptures avec des matériaux de récupération.   « Pour eux il est primordial de pouvoir se reconstruire après des parcours chaotiques qui souvent les ont  fait douter d’eux, ne plus croire en rien et même se mettre en état de révolte ou de dépression.»

Un second souffle vital
 L’atelier 16art propose ainsi  une démarche très originale: « donner une seconde vie à des objets abandonnés au bord du chemin, un peu comme leurs auteurs souvent trop seuls, et  leur apporter un second souffle, une envie de vivre, un esprit positif. »
 Une entreprise reconstructrice  pour ces artisans- artistes qui récupèrent, transforment et réhabilitent des matériaux abîmés, le tout également  dans un souci écologique. 

Une grande famille soudée
Le parcours de vie de Georges Antoniotti, l’un de participants,est éloquent et sa présence dans cette expo forte et symbolique : «après avoir eu des gros soucis de santé, je me suis retrouvé dans la dèche,  sans logement, et Chez Paou a été pour moi un port d’attache. » La participation à 16arts ? il l’évoque avec enthousiasme : « ces créations que nous montrons à la Diète représentent un grande satisfaction ; c’est énorme d’être là, fantastique, avec 16arts j’occupe mes journées, pense à autre chose, et puis, pour moi, qui suis très sociable cela permet de créer des liens. Maintenant cela fait 7 ans que je suis indépendant mais je viens régulièrement fabriquer des sacs à main, des trousses de crayons, des sacs en bandoulière… » Une grande famille en quelque sorte que ce sexagénaire apprécie au plus haut point et qui lui tient le moral au beau fixe.

Pour Sergio qui a réalisé toutes les soudures des pièces en métal il relève: « les maîtres socio-professionnels m’ont beaucoup aidé. » Et puis comme il le souligne « il règne une bonne ambiance dans l’atelier, on se retrouve entre copains, on est joyeux, souriants, et puis il y a aussi une certaine liberté qui est très sympathique. »

L’ exposition  exige également de la part des artistes qui ont fait montre de courage de grandes qualités esthétiques et manuelles. Leur expérience de vie prend forme au travers d’un engagement qui se traduit par des œuvres traversées d’énergies et d’un dynamisme créateur. Un univers sonore de Dimitri Güdemann  habille cette exposition dont la production a été supervisée par Enrico Margnetti.

 

 

 

La Fondation Chez Paou s’engage et se montre

Cette exposition de l’atelier 16art   est organisée sous l’égide la Fondation Chez Paou, qui suit, accompagne et soutient des adultes en situation de précarité et qui se trouvent souvent sans logement.

« L’objectif de l’exposition est faire réfléchir le visiteur au lien qui naît et se développe entre un individu et son environnement, sa famille,ses proches. Elle propose de questionner le spectateur dans les représentations qu’il en a et ouvre de nouvelles voies sur l’approche et l’appréhension  de la problématique de la précarité ». Les œuvres présentées à la Treille sont d’une diversité impressionnante, avec des luminaires réalisés à partir de métaux et bois récupérés, des tables et mobiliers qui naissent à partir de palettes à qui on a assigné un nouveau statut et une nouvelle fonction, des sculptures en métal, des trousses et sacs en pneus et chambres à air. Une chaîne de fabrication qui implique des bénéficaires de la Fondation, qui sont par ailleurs des artisans de qualité au sein de l’atelier 16art et dont David Fournier  a intégré les portraits dans la l’exposition de la galerie de la Diète. Ces artisans-artistes ont fréquemment eu des parcours sinueux qui peuvent se lire sur les sillons et les rides qui creusent leurs visages qui sont d’une authenticité, pureté, simplicité remarquables.

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jean-marc theytaz
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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 19:04

Les alpages roussis

le sommeil nocturne

des forêts lambrissées

les étoiles qui basculent

derrière le mont

le vol feutré

des chauve-souris

l'eau de la nuit automnale

est pure et vierge

le corps et l'âme

s'unissent dans une sérénité

d'opale lumineuse

inspiration d'un espace sans limites

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jean-marc theytaz
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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 16:42
  1. L'auteur David Germanier, originaire de Nendaz  et résidant actuellement dans le canton de Vaud a publié cette année un roman aux éditions de l'Aire "Aimer la vitesse, le chianti, une actrice suédoise..."
  2. Voyage et dépaysement avec une écriture vive, rythmée, non dénuée d'humour.. Interview.
  3. Qu’est ce qui vous a amené à l’écriture et depuis quand pratiquez-vous l’art littéraire ?
  4. Pendant ma scolarité j’ai toujours été très à l’aise et heureux avec l’exercice tant redouté de la rédaction et de la dissertation. Même si j’ai vu longtemps mon père écrire et publier pour son travail de secrétaire communal et pour raconter les gens de sa région, mon choix de franchir le pas et d’oser porter à la lumière mon travail n’est pas dû à « une contagion » héréditaire. Ma démarche artistique est différente. Les sujets que je traite ne sont pas du tout ceux qui auront préoccupé mon père durant sa vie d’écrivain.  La lecture assidue et mes voyages ont été les véritables déclencheurs de l’aventure. Retrouver, de manière détournée, les odeurs intimes, les saveurs - peut-être perdues à jamais - des paysages traversés.
     
    Concrètement, j’ai débuté sérieusement il y a trois ans par l’écriture de « Singapore Flyer », un premier roman (non publié). Je narre la rencontre forcement sulfureuse d’une pilleuse internationale de musées et d’un jeune prodige de la peinture contemporaine. Elle vole par métier ce que lui s’éperdue à créer… Tout les oppose. Mais l’amour oblige parfois les gens à devoir prendre des risques invraisemblables pour le sauver.
     
    En juin 2016 j’ai publié à compte d’auteur un recueil de poésie intitulé « La petite-fille d’Amerigo ». Une fois le virus inoculé, il est trop tard pour s’arrêter…
     
  1. Pouvez-vous, en quelques phrases, résumer votre premier ouvrage aux éditions de l’Aire, et donner envie au lecteur de vous lire en lui dévoilant quelques points de repères essentiels, quelques jalons de votre narration ?

En quelques phrases : il s’agit de l’histoire d’un écrivain en panne d’inspiration. Désabusé, il décide (par désespoir) d’installer son bureau d’écriture à même le sable brûlant de la plage la plus sauvage du sud de la Californie. L’apparition dans les rouages d’un inattendu grain de sable va rapidement faire complètement « foirer » son impossible labeur.

Mais qui est donc cette mystérieuse femme qui un lundi matin étend son linge de bain à côté de lui ? Pourquoi et comment réussira-elle à l’attirer – malgré lui, malgré sa peur de l’eau - dans les rouleaux déjantés et orageux du Pacifique ? Et que dire de ce serpent ? Sinon que devenu jaloux et agressif il réussira à envoyer en enfer notre écrivain. Un pur enfer de romancier, avec son cortège de nostalgies, d’abandons, de ruffians, de palaces niçois, d’amours improbables, le tout sur fond de découverte de quelques lieux mythiques de la Riviera italienne.

Et si la mort se tenait finalement en embuscade au bout de la route ?

L’autre jour mon éditeur me disait, qu’à bien réfléchir, mon roman devait se découvrir, allongé confortablement sur le sable chaud des vacances. J’ai bien aimé cette idée et je serais enchanté que mes lecteurs le découvrent de cette manière-là. Je les encourage. Même si - entendons-nous bien - la probabilité qu’un mamba vert et qu’une jeune-femme à l’accent suédois ne viennent troubler leur sérénité de juilletiste restera cependant faible…

 

  1. Pour vous l’écriture est un dépaysement, une manière de voyager dans l’imaginaire, un mode de connaissance, une envie irrépressible, un besoin de respiration vital, une façon personnelle d’être au monde ?
    J’éprouve beaucoup de difficulté à expliquer mon rapport à l’écriture et à la création en général. La réponse se trouve peut-être indirectement dans les sujets abordés et le style littéraire envisagé. J’aime écrire à la première personne du singulier. Je sais cela très risqué car ainsi je m’expose inévitablement à l’habituelle confusion que les gens font entre écrivain et narrateur.
    Je constate aussi que je dois être momentanément « amouraché » d’une femme et de « sa géographie » pour trouver l’inspiration et écrire. Sans cela il ne vaut même pas la peine d’essayer, mon travail sera stérile. Par exemple, j’ai travaillé de A à Z sur Aimer la vie la vitesse avec la voix d’Alicia Vikander dans les oreilles. Porté aussi par le souvenir de la beauté inoubliable des plages à surfeurs de Malibu. La partie consciente écrit avant tout pour nous évader (moi et le lecteur) d’un quotidien qui est souvent stressant et contraignant. On peut tourner en rond, comparer jusqu’à plus soif, disserter, mais la fiction dépassera toujours la réalité. Seules ces énergies particulières que sont le sentiment amoureux, la sensualité, la poésie, le dépaysement, la beauté des êtres et de la nature me permettent d’envisager un labeur qui me tiendra forcement éveillé jusqu’à plus d’heure. Comme il est très difficile de rompre avec quelqu’un que l’on a aimé - dans les conditions d’inspiration décrites plus haut - j’avoue qu’il peut être très pesant et triste de mettre un point final à une histoire. D’ailleurs si vous lisez bien les ultimes pages de mon roman, vous vous  apercevrez que l’aventure du narrateur et de sa muse n’est pas vraiment terminée…
     
    Pour ce qui est de mon inconscient, les choses sont beaucoup plus compliquées et « souterraines ». Comment expliquer, qu’une fois les scènes « aquatiques » d’Aimer la vie la vitesse… bouclées, j’aie décidé de vaincre ma peur originelle de l’eau et d’apprendre à nager à quarante-deux, prenant complètement (et de manière irréversible) à contre-pied mon ancienne existence terrienne de « bon valaisan » ?
    Je peux facilement me retrouver dans votre ultime proposition, une façon personnelle d’être au monde.
     
  2. A quel écrivain francophone ou d’ailleurs vous rattacheriez-vous ?
    Je n’arrive pas à départager deux écrivains qui m’inspirent particulièrement. Il s’agit d’Olivier Rolin et de Christophe Ono-dit-Biot. Tous les deux maîtrisent à la perfection la déclinaison d’ingrédients qui me préoccupent aussi et guident constamment mon travail: la recherche de la perfection dans le style d’écriture, la sensualité du récit, l’omniprésence de l’attirance homme-femme comme trame narrative et la déclinaison du voyage sous toutes ses formes.
    Récemment, j’ai pleuré (en cachette) après avoir dévoré et terminé en une nuit « Une vie à t’écrire » de l’écrivaine espagnole Julia Montejo. Un véritable trésor traduit en français depuis peu.

Je garde aussi à proximité immédiate deux chefs d’œuvre (une nouvelle et un roman) de la littérature anglophone. Je les rouvre régulièrement, surtout lorsque tout va mal. « L’étrange contrée » d’Ernest Hemingway et « L’avenue des mystères » de John Irving.

Enfin lorsque je monte dans un avion pour un vol long-courrier, toujours j’emporte avec moi « Du monde entier au cœur du monde » de Blaise Cendrars. L’exemplaire qui m’accompagne au fil des ans sert régulièrement d’herbier aux fleurs des versants jaunis d’Hollywood et des forets pluviales malaises.

  1. Quels écrivains valaisans vous touchent profondément ? Y-en-a-t-il ?
    Sans hésiter: le philosophe Alexandre Jollien !
     
    Mais pour être honnête je n’ai jamais eu de considération particulière pour l’idée du régionalisme, ni dans mes lectures, ni dans mon quotidien de Valaisan devenu, au fil de l’exil, un Vaudois d’adoption. Mes (éventuelles) racines n’ont jamais été pour moi une source de fierté ou de différence. Au contraire, j’entrevois désormais des indices qui me font fortement douter : la naissance qui donne matérialité aux origines d’un enfant n’est peut-être pas, comme on le croit usuellement, le tout début de l’histoire d’une vie. J’aborderai d’ailleurs ce sujet dans mon prochain roman.
     
    Personnellement, j’aime beaucoup Noëlle Revaz. Je la considère comme la romancière-phare du canton, même si je crois qu’elle ne vit pas actuellement en Valais. Gardez-le pour vous, mais j’aimerais bien passer une journée avec elle, faire sa connaissance, découvrir son environnement de création. Comprendre « son » Valais intime et ses racines.
     
  2. Avez-vous des projets ou des chantiers en route ?
    Depuis quelques mois je travaille sur un nouveau roman. Je n’en ai pas fini avec les histoires d’amour et de grand large. Depuis mon récent apprentissage tellement illogique et inexpliqué, une citation de Paul Eluard malmène le peu d’esprit cartésien qu’il reste encore en moi. Elle en sera le fil conducteur de cette nouvelle intrigue qui forcera mes lecteurs à entreprendre une longue et profonde apnée en compagnie de mes personnages. Plonger avec eux dans cet invraisemblable cimetière marin qu’est devenu au fil des ans la Mer Méditerranée… Et s’il n’y avait pas de hasard ? S’il n’y avait que des rendez-vous?
     
  3. Comment conciliez-vous vie professionnelle et écriture ?
    Concilier écriture et vie professionnelle exige de dormir peu et de ne jamais envisager l’utilité d’une grasse matinée. Mes enfants trouvent que je suis devenu hyperactif (je nage aussi deux fois par jour). Les années passant, ma femme constate que je ne fonctionne bien qu’avec le moteur de la passion chevillée au corps.
David Germanier

David Germanier

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jean-marc theytaz
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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 16:30

Société valaisanne des écrivains

Quelques souvenirs et considérations subjectives…

 

 

La Société des écrivains valaisans fête cette année ses cinquante ans. Un long voyage au fil du temps avec ses flux et ses reflux, ses méandres, ses emportements, ses eaux parfois aussi un peu stagnantes et ses brillances, souvent. La Société a vu défiler un nombre de pionniers et  de grands écrivains à sa tête, parmi lesquels Jean Follonier, Maurice Zermatten, Germain Clavien, Jacques Tornay….

 

Une image large et traditionnelle

 

Depuis le début la SEV s’est attachée à donner une image plurielle et très complète de ce qui se faisait en Valais au point de vue littérature. Avec Jean Follonier, Maurice Zermatten, Pierre Courthion… le public et les lecteurs ont appris à travers des conférences à découvrir un pays attaché à ses racines sociétales profondes, avec une imprégnation solide et authentique des paradigmes religieux et traditionnels. Contes, légendes, histoires à connotation existentielle et patrimoniale, autant de voies sur lesquelles les écrivains du XXe siècle se sont penchées en Valais. Certes il n’y avait pas beaucoup d’auteurs à vivre de leurs plumes à part peut-être Maurice Métral ou Zermatten, mais qui étaient également professeurs ; aujourd’hui d’ailleurs, le problème est demeuré le même et il est difficile de survivre financièrement si l’on n’est pas enseignant ou journaliste, ou libraire, ou encore imprimeur.

 

Une nouvelle vague

 

Vers les années 80 sont venus sur le devant de la scène des écrivains d’une autre génération qui ont adhéré peu ou prou à la Société des écrivains. Les thématiques qu’ils ont abordé collaient à une évolution de la société, de ses mœurs, de son modus vivendi, de ses enjeux économiques et philosophiques aussi : l’on vit ainsi apparaître Jean-Marc Lovay, un véritable ovni dans les lettres valaisannes, avec des réseaux narratifs parfois incompréhensibles ou en tout cas touffus et baroques pour le commun des lecteurs, un écrivain qui a bouleversé les codes, les repères syntaxiques, la composition narrative, avec des accumulations de phrases , parfois sans fin, et qui paraissent nous conduire dans des univers insondables : les cycles temporels et spatiaux y sont chamboulés, les objets parlent, le situations s’imbriquent et se défont, les dimensions explosent, une vraie et inédite manière d’appréhender la littérature. Certains critiques voient même en lui, l’un des écrivains majeurs de la francophonie de son époque. Et ceci malgré le nombre restreint de ses lecteurs, sa prose poétique, étant difficile d’accès : il faut en effet se laisser emporter par le flot des images, des respirations, des rythmes, des couleurs, des ondulations poétiques qui nous portent dans une sorte de musique lancinante. Jean-Marc Lovay, un écrivain « hors des clous » qui fait figure d’artiste hors normes et très prisé par les critiques.

Germain Clavien, dans un style plus classique, avec une narration et une temporalité plus linéaires, a lui aussi marqué la SEV et la littérature valaisanne. Son œuvre littéraire a démarré avec « Les moineaux de l’Arvèche » et aussi avec de la poésie « Montagne et mer » saluée à l’époque par Marcel Raymond et Philippe Jaccottet. Puis Germain Clavien s’est attelé à une longue série intitulée « Lettre à l’imaginaire » avec plus de vingt volumes parus au fil du temps, relatant les faits quotidiens qui se passaient dans sa région, le Valais, avec des romans à clefs qui reprenaient plus ou moins des faits réels : des quantités de surnoms furent ainsi inventés et l’on pouvait reconnaître les personnes réelles derrières les noms fictifs, avec bien sûr un style personnel dans la narration et l’appréciation des péripéties racontées. Les gens pouvaient ou essayaient de se reconnaître dans les romans de Clavien, et cela a parfois donné lieu à des polémiques locales, notamment avec les politiciens et les journalistes locaux.

Dans cette nouvelle génération d’écrivains arrivés après les trois Maurice, Chappaz, Métral, Zermatten… on peut aussi citer Adrien Pasquali. Ce dernier n’a eu que peu de relations avec la SEV car il travaillait à l’Université de Genève : un être avec une sensibilité à fleur de peau, déchiré, avec une grande faille intérieure, et qui doutait un peu de lui-même malgré un grand talent d’écrivain. Il a d’ailleurs commis de multiples écrits sur Charles-Ferdinand Ramuz. Originaire de Fully il avait fait ses études à l’Université de Fribourg, notamment avec le professeur émérite Jean Roudaut, une éminence en littérature française.

 

Un président entreprenant

 

Germain Clavien fut pendant une trentaine d’années  président de la SEV : son souci fut de mettre sur pied chaque année, des lectures publiques, des récitals, des concours pour les jeunes écrivains de notre canton : plusieurs jeunes écrivains en herbe qui ont été lauréats aux Prix de la SEV ont d’ailleurs « fait carrière » ou ont tout au moins poursuivi leur démarche littéraire. Parmi eux nous pouvons citer Bastien Fournier, Arnaud Maret, Virgile Pitteloud, Philippe Lamon…. Et bien d’autres. Parallèlement des prix de la Loterie romande furent distribués chaque année, couronnant des œuvres de parution récente ; on a ainsi distingué par exemple, Alexandre Jollien, Andrée Pfefferlé, Alain Bagnoud, Vital Bender, Ronald Fornerod, Philippe Favre… Des brochettes d’écrivains qui, grâce à une forme de reconnaissance publique et une aide financière ont pu avancer dans leur travail littéraire. Avec les aides aux publications mises sur pied par Clavien et son comité, de nombreuses publications ont également pu voir le jour. Les éditions Monographic ont ainsi publié des ouvrages de plusieurs poètes valaisans, comme Jacques Tornay, JMT, Roselyne König, Roland Delattre, Vital Bender…

 

 

Les conférenciers

 

Une autre initiative importante de l’activité de la SEV initiée par Germain Clavien fut les conférences organisées annuellement. Les amateurs de lettres valaisans virent ainsi défiler dans des séances de lecture et de rencontres Anne Perrier, Maurice Chappaz, Maurice Zermatten, Georges Borgeaud, Agota Kristov, les philosophe Jeanne Hersch, Jean Romain… Des instants de partage, d’émotion, de rencontre entre les écrivains et les lecteurs, des moments privilégiés et que l’on a peu ou passez souvent l’occasion de connaître.

On se souvient de la douceur de Georges Borgeaud, de son amabilité, de son entregent, de sa culture sans limites, lui qui vécut à Paris, mais de façon discrète et réservée. Sa venue à Sion avait ému le public venu nombreux pour rencontre un homme pour qui l’écriture comptait tant, habitait toute sa vie. L’écrivain nous a ainsi parlé de Saint-Mauricequi a inspiré « Le préau » de « La vaiselle des évêques » et de nombre de ses livres si humains et fluides.

Maurice Chappaz, nous l’avons reçu à Sierre et avons eu l’honneur de souper avec lui après la causerie que l’AVE avait organisée. Maurice Chappaz s’est montré très ouvert et nous avons partagé des moments forts : il nous a notamment entretenu de ses expériences à la Grande-Dixence comme aide-géomètre, une époque de découverte et de complicité avec les travailleurs, mineurs, ingénieurs venus d’Italie et d’ailleurs. L’écrivain du Châble nous a également parlé  des inscriptions des élèves du collège de Saint-Maurice qui avaient causé une grosse polémique dans le journal Le Nouvelliste, avec la parution des « Maquereaux des cimes blanches »… Le livre de Chappaz avait réveillé les esprits qui se battaient contre un bétonnage des Alpes et un progrès qui dévorait le paysage…

Maurice Zermatten nous a pour sa part remémoré le fil de sa carrière et ses démêlés avec la Société suisse des écrivains dans les années 60  dont il a avait été le président. Il avait en effet traduit un petit livre sur l’esprit civique et les devoirs du citoyen. Maurice Zermatten, écrivain catholique, accordait une grande admiration pour Paul Claudel , François Mauriac, Maurice Barrès… des attachements qui lui ont parfois causé des problèmes avec d’autres écrivains suisses.

Agota Kristof, une grande écrivaine, avait elle aussi donnée une causerie pour l’AVE, à Sierre plus précisément. Si son œuvre est émouvante et forte, sa venue dans la cité du Soleil avait un peu déçu car il ne s’était pas créé de lien fort entre elle et le public présent. LA cause, une certaine réserve et froideur apparente, que l’on eût pu prendre pour de la distance…. Une impression seulement, peut-être…

Anne Perrier fut également invitée par l’AVE : une soirée particulièrement émouvante avec une auteure tout de douceur, tendresse et délicatesse. Anne Perrier qui est décédée cette année à Saxon nous avait en effet offert une  causerie, ou plutôt une rencontre faite de complicité et de partage avec le public. Son univers poétique est en effet très profond et simple à la fois, et l’écrivaine a su nous communiquer sa sensibilité à la nature et à l’importance de la vie intérieure : une foi en la Vie, en un Dieu de bienveillance, de grandeur et de générosité.

 

 

Voilà quelques moments privilégiés qui me sont revenus en pensant à cette longue trajectoire au sein du comité de la Société Valaisanne des Ecrivains, une association qui s’ouvre maintenant vers de nouveaux horizons.

 

Jean-Marc Theytaz

Journaliste et poète

(Membre du comité de la SEV)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alain Bagnoud Jacques Tornay et Germain Clavien,lors d'une séance de la SEV

Alain Bagnoud Jacques Tornay et Germain Clavien,lors d'une séance de la SEV

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jean-marc theytaz - dans littérature
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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 17:36

 

« Culs de ferme » de Jean-Luc Cramatte, un terme énigmatique, osé, provoquant pour certains ? non , tout simplement le titre d’un ouvrage qui nous fait vivre les derniers instants de bâtiments fantastiques, les fermes d’antan, cossues, bien charpentées , aux proportions équilibrées, qui faisaient vivre une agriculture florissante,avec le travail de paysans fiers de leur profession et de leur ouvrage au quotidien. Il y en a des dizaines dans notre pays, vouées à l’abandon, qui se déglinguent, tombent en ruines, partent « en charpille ». L’ouvrage « Culs de ferme » paru aux éditions Patrick Frey nous raconte des histoires qui sont parfois bouleversantes et tragiques,avec des architectures qui avaient leurs lettres de noblesse et leur raison d’être.

Comme le dit Christophe Dutoit :. «Durant un temps, on pensait l’intituler Farm lovers», avoue l’auteur.. Un titre en anglais, car les Editions zurichoises Patrick Frey vendent d’abord leurs livres aux Etats-Unis et au Japon. Finalement, le photographe fribourgeois aux origines jurassiennes est revenu au français. Le charme de la langue, sans doute. »

 

Le photographe fribourgeois a travaillé durant des mois pour saisir dans leur étrangeté, leur pouvoir d’envoûtement et d’interpellation, ces arrières de ferme : des lieux où l’on sent les particules de foin dans l’air, des odeurs d’eau stagnante et de mazout, des senteurs vagabondes de fumier vieilli, des endroits où trainent des souvenirs enfouis, des rancoeurs peut-être, qui stigmatisent ces « fourre-tout » qui doivent accueillir les objets que l’on ne sait plus où jeter, et quel statut et fonction leur attribuer. Les fermes, les culs de fermes, des lieux de mémoire, d'accumulations de d'objets, de gestes, d'images, de passages du temps comme des strates qui colonisent l'espace de leurs épaisseur existentielle.... de l'art brut parfois avec leur dose d'improvisation, de hasards, d'impossibilités, de carrefours improbables.... des photos qui disent des chemins de vie et des souvenirs oubliés... jmt

« Culs de ferme » un ouvrage de photos de Jean-Luc Cramatte, aux éditions Patrick Frey
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jean-marc theytaz
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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 17:36

Le vent du soir sur la steppe déserte

l'éclair cisaillant l'horizon noir

 l'enfer d'un froid de poudre d'os

les loups rôdent dans la broussaille échevelée

les pâles lueurs de la lune verte 

 éclairent

le désespoir des cerfs affamés

les traces de l'ours se perdent dans la neige soufflée

 la fourrure lissée de la forêt

enveloppe nos errances

assoupissement d'une âme

volatile et sauvage

mort passagère d'un chant intérieur

Vent du soir sur les steppes
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jean-marc theytaz
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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 17:40

Fragile existence

Le vent fou dans les cheveux verts des mélèzes, la clairière ouverte aux mille lumières, les pentes lustrées des alpages qui traversent les paysages silencieux de la montagne, leurs compositions magiques, les rivières polies par les eaux claires, la musique flutée du soleil blanc, les ailes transparentes des abeilles sur la colline fauve, le chant désespéré des bergeronnettes orphelines, la peur accrochée aux lambris de la pleine journée, les falaises d'où se jettent tous les errants et les vagabonds du bonheur, les sentiers serpentant le coteau et les vignobles géométriques, la berge déserte d'une écriture toujours recommencée, la vie s'accumule dans les parois d'une goutte de rosée, je te sens proche de moi, blottie dans la lueur d'une groseille matinale.

Procession à Chardonney

Sentier pascal , bordé de myosotis et de perce-neige, oraison primale dans l'incandescence des champs d'abricotiers, les cendres de nos pérégrinations s'envolent dans les paroles rares qui bordent nos silences, l'eau du ciel et ses résines d'améthyste guident nos regards, la brise murmure d'étranges prières, les processions ont abandonné des brassées de lys et de sapins vert foncé près des oratoires de Chardonney, recueillement et mains jointes, les gens du village célèbrent la Passion, la Résurrection à venir, celle des cœurs et de l'âme, au printemps naissant, dans la flamboyance des aubes fraîches. L'air est transparent, chargé d'ondes invisibles, ailes et mots bleutés qui rejoignent les arêtes effilées des Crêtes de Thyon, le jour est clair, nos corps et notre esprit le traversent comme une eau blanche, mêlée de pétales nacrés, la source glaciaire qui apaise la brûlure de nos souffrances

 

 

Nostalgie d’octobre

 

 

Au centre du jour

sur les vagues glaciaires et la montagne bleue

les soubresauts de la saison

les lanières du vent dans tes cheveux défaits

les errances des heures tièdes

les coups de boutoir du foehn endiablé

les promenades d'octobre sur les tapis

de feuilles jaunies

et le souvenir

dans les longues allés violacées de la nostalgie

 

 

  • Heure tournante

  •  

  • Vent du soir

  • clairière allumée

  • fuyantes libellules

  • l'étang se marbre

  • d'étoiles vibrantes

  • le cadran de ses eaux

  • dessine notre temps terrestre

  • entrouvre des portes d'albâtre

  • fige la nuit bleue

  • au plus près de notre corps

  • passage à gué

  • la mort nous prend par la main

     

    Alpe esseulée

  • Le ruisseau et ses éclats de ciel brisé

  • emportent nos mains jointes

  • la forêt tremble de tous ses membres

  • la tempête a fondu sur les hauts de la vallée

  • fêlures du temps dans les craquements de mélèze

  • les voix perdues sous les mousses

  • chantent des airs oubliés

  • enfance chevillée au corps et à l'âme

  • dans les prairies de l'alpe esseulée

  • courent les esprits de nos défunts

    Confinement

L'ombre de ton corps

jetée sur l'herbe

les heures qui tournent

sur les hauteurs du peuplier

la pierre chaude
près de la berge

le cercle se referme

je suis pris
dans les interstices

de cette après-midi sauvage

une souris dans sa cage
de fer blanc

 

Orchère en pente douce

 

 

Le soleil blanc sur l'arête de granit

Les névés comme des épées luminescentes

Les chamois blottis dans les anfractuosités herbeuses

Et le vent

doux et léger

et le pierrier

muet et pesant

et les champs de rhododendrons

leurs calices de liqueurs rosées

et le bisse qui serpente

et suit les renflements de la vallée

et le pas

souple et vivant

battements magiques

 

 

 

Zénith

 

 

L'ombre du chocard

sur la table granitique

au sommet de l'arête

la tiédeur de la roche

qui emporte mes pensées

mon regard

vers la maison du ciel

les gentianes et l'eau forte

de leur bleu profond

les fissures de la paroi immobile

dans le soleil

le temps

s'est fait

grave et transparent

comme ton regard

sur le zénith de nos existences

 

 

 

Pré de février

 

Le corps du prunier

noir dans la vierge prairie

le givre matinal

l'herbe fauve

comme un îlot silencieux

qui danse

entre hiver et printemps

un vol de moineaux

une poignée de cris frêles

au creux de mes mains

le ciel d'anémone

les pages de soie feutrée

¨dans tes yeux et sur ta peau

tout près de moi

je passe

un souffle sur les branches de mélèze

la clairière s'illumine

un premier matin du monde

 

 

Printze sauvage

 

La Printze écume

les tourbillons retiennent

la clarté du ciel dans leurs chevelures folles

les aulnes segmentent l'horizon

respiration sourde de la mousse

près du rocher humide

sur le visage de la rivière

des éclats de vitrail

mes doigts plongent

dans la lumière des frondaisons sauvages

une prière monte aux lèvres

celles des eaux primales

qui ont traversé la nuit

pour ouvrir nos yeux

 

 

 

 

 

 

 

 

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jean-marc theytaz
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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 16:37

 

 

Nuit à Zofleux

Vols nocturnes

les chauves-souris

quadrillent l'espace silencieux

la brise de vallée mouille

ma nostalgie

de souvenirs volubiles

je me relie au grand Tout

 

Espérance ultime

Rage fracas rumeur

le ruisseau transporte

mes respirations jusqu'a la mer

les lys et les pavots lancés sur l'eau

transportent mon mal de vivre

vers les espaces vierges

des horizons rougeoyants

et pourtant

l'espérance n'est pas morte

 

Strangulation

Vol groupe des passereaux

sur les vignes du coteau

ĺ’après- midi s'étire

langoureuse dans mon coeur

sur le fleuve

les sombres vapeurs

de la mort vagabonde

la gorge est couleur corbeau

les mots étranglés

dans ma peau

 

Silence blanc

La brise légère

sur la prairie matinale

la clairière ouverte

a la lumière zenithale

je regarde le jour déverser

ses vases de liqueur blanche

sur le silence de l'aube

 

 

Souvenirs printaniers

Les pétales des trolles et des primevères

leur lumière sur la prairie

qui respire et gonfle son ventre

dans le vent soyeux de l'après-midi

flammes dentelles gouttes légères

qui ruissellent

dans la fontaine de granit bleu

le temps s'est fait flanelle

je m'accroche aux lambeaux de ciel

qui habitent mes souvenirs printaniers

 

Jour de pluie

Fleurs de lune

pluie de verre

le jour gris

de nacre et de velours

emplit ma solitude

 

Priere et recueillement

La tramontane et ses musiques chamarrées

le fœhn secoue les vallées latérales

le soleil est d'or bruni

je prie les genoux fléchis

sur le granit tiède

ĺ´espérance au bord des lèvres

 

Esperance a Picafort

Le vol blanc de la mouette

le silence des vagues

les herbes folles dans le sable

le vent emporte mes espérances

a l'infini des espaces sauvages

 

Dame noire au cap de Formentor

Vagues minéralisees

se jetant dans l'émail du ciel

forets de pins en vadrouille

la mer et ses écumes

au bas de la falaise blessée

le temps et ses concrétions

d´agaves dans la crique ébouriffée

je marche à revers du soleil

sur des allées cosmique en attendant

la belle dame noire

 

Soller entre mer et monastere

Citron vert

silence au fond de la gorge

champs d'orangers

sang mauve et bruyant

La mer s'écrase contre les falaises

Je danse sur le volcan

de tes absences

 

Majorque Valdemossa en mai

Les oliviers silencieux

sur la colline embrasee

A l'horizon Palma

Dans l'immobilité vespérale

la nuit lentement tombe sur les cyprès

Les rives lunaires

me jettent dans la cosmogonie

des étoiles

je m'endors sur les berges

de tes rêves calmement

 

 

Aube magique

Tremblement frémissement murmure

la transparence de l'aube

sur le fleuve tranquille

la mort se mêle à la vie

la lumière me transperce

Subitement l'éclair d'éternité

 

Musique vespérale

Corbeilles de pétales fins

les cerisiers du Japon

rosissent la nuit lunaire

regards d'enfant

yeux de myosotis

paroles de porcelaine

le temps s'est accroché aux réverbères

Au milieu du parc silencieux

les cigales vont bientôt

débuter leur douce musique

cymbales pailletés

au centre de l'absence

 

Souvenirs

La rouille de l'aurore

dans l'écorce de l'arolle

les sillons de l'hiver solitaire

dans le bisse gelé

les souvenirs emergent

sur l'écume des pres

couverts de jonquilles

 

Humble pèlerin

Le foudroiement de la lumière

brûle soudain tes paupières fragiles

les mousses humides brillent

dans la pénombre du sous-bois

l'éclair divin

a frappé l'humble pèlerin

 

col de la Croix Villars-Chatel d'Abondance-Zofleux nendaz
col de la Croix Villars-Chatel d'Abondance-Zofleux nendaz
col de la Croix Villars-Chatel d'Abondance-Zofleux nendaz

col de la Croix Villars-Chatel d'Abondance-Zofleux nendaz

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jean-marc theytaz
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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 16:06

Je m'en vais

Astre solaire en expansion

ondes chaudes et vibrantes

sur l'étang mauve

le cœur bat

les veines se gonflent

le cou se tend

noisetiers nus

dans l'hiver beige

le temps s'en vient

le temps s'en va

la campagne

rythme la saison vive

je m'en vais

lentement

à reculons

 

Mort du fennec

Le grand duc du désert

rase de son vol furtif

le sable chaud

son œil hypnotique

à l'iris orange

a immobilisé le fennec

la mort est toute proche

entre les griffes acérées du rapace

 

Hiver

Saison de la lucidité

de la dénudation et de la présence

Lieu vierge distance et temps

Terres de papier vergé

de la conscience pleine

et d'os blanchis

L'hiver m'habille

tout de lin blanc

Silence de glace

Le silence de cristal

près de l'herbe vagabonde

l'eau du canal et ses calottes de verre

ont immobilisé la lumière

je regarde le soleil

se briser en miettes légères

dans la plaine balayée

par les congères matinales

 

Regard de froidure à Sofleu

Sur la branche fragile

un bec croisé des sapins

sur le sol des cônes éparpillés

le froid a saisi la forêt

dans mon corps

les tremblements infimes

de ton regard

 

Jour blanc

Les flocons légers

sur les branches de noisetiers

fleurs vierges de cerisiers

en suspension

Une écriture de transparence

qui me prend à la gorge

les corneilles cisaillent le ciel

je rentre à la maison

 

Plain chant

Hautes pentes venteuses

soleil de jasmin aux coulées de miel

je vois des liserés de fougères blanches

qui volent dans le ciel

flexions d'azur dans ma tête étourdie

l'heure est de limaille et d'ondes labiles

mon regard s'appuie sur les herbes folles

qui dansent

dans les prairies aériennes

plain chant

au cœur de l'aube naissante

 

Procession

Le chien court sur la berge du fleuve

la chouette effraie plonge sur les vers

chenilles et campagnols cachés

dans le tapis de feuilles mortes

le jour a tourné sur la couronne des aulnes

La lumière filtre dans les branchages

fuyants et broussailleux

la procession des âmes

défile silencieuse

dans le crépuscule orangé

 

Froidure à Bramois

Les rideaux nocturnes

se sont retirés

le froid acide a immobilisé

le ruisseau devenu silence bleu

mes pas dans le pré de givre

sont des fleurs de verre

des îles matinées d'étoiles fragiles

prière d'azur déposée

au centre d'un matin de froidure

 

Les brebis de Bramois

Le bâton noueux dans sa main calleuse

le Berger au centre de la plaine brumeuse

rassemble ses brebis laineuses

L'hiver et ses étoiles de givre

poudroient les frênes solitaires

errent dans l'immensité de l'aube

chants et murmures du canal

l'eau et ses lumières vertes

emplissent

mon coeur

 

Les Mosses à l'an nouveau

Les moineaux pépient

dans les bosquets

et les taillis brûlés

la saison souffle

des embruns

chargés de marjolaine

et de sapin frais

le sentier est couvert

de glace vive

Noēl vert

le ciel et les prairies d'herbe rase

se joignent

à l'horizon de ton regard

le temps est vitrail

de vive transparence

 

Crépuscule d'or

Les feuilles d'or

sur la montagne blanche

le soleil descend

derrière l'arête

le vent s'est niché

dans la corniche faconnée

par le crépuscule

les abeilles ont regagné

leurs ruches colorées

 

Espérance de Noël

La valériane dans tes mains douces et fragiles

le mauve de la bruyère au milieu des éboulis

le monde s'agrandit

le pin crochet et le pin couché

font se rejoindre les horizons

l'arolle centenaire

prie à voix basse

le lagopède dans les embruns neigeux

de la combe solitaire

murmure des serments passés

des chansons d'antan

l'hiver tarde à venir

les herbes rases dansent dans le soir

Noël est passé discrètement

l'espérance est profonde

qui nous offre la rédemption

l'éternité dans la lueur d'une lampe à pétrole

 

 

 

 

 

 

Les Mosses 1 janvier 2017
Les Mosses 1 janvier 2017
Les Mosses 1 janvier 2017

Les Mosses 1 janvier 2017

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jean-marc theytaz
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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 17:41

Landes désertes

vignes sauvages

fleuves gelés

l'hiver défait ses laines de solitude

la bise râcle les berges du lac

les foulques et les grèbes

se découpent sur l'horizon d'émeraude

le ciel se jette dans la transparence

d'un air bleuté

flûtes magiques

les aulnes chantent la mélodie du zénith

 

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jean-marc theytaz
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