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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 15:20

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Le carcan, un collier fixé à un poteau pour attacher par le cou un criminel et l’exposer à l’œil public. Une manière de sanctionner, de punir, et de montrer à la population ce que devenaient les malfaiteurs, criminels et autres voleurs et tricheurs. Une façon aussi de doser la souffrance à infliger, par différentes formes de tortures, à tous les parias de la société. Cela se passait au Moyen-Age, aujourd’hui les carcans ont une autre forme.

 

Christian Michaud, écrivain à Verbier, propose à travers ces thèmes un roman intitulé «Le Carcan» qui dépeint les différentes formes de contraintes, rigidités, soumissions que la société moderne contient dans ses composantes: des douleurs intériorisées, acceptées, banalisées, normalisées, mais qui correspondent bien aux exigences de notre société souvent contraignante...

 

Votre dernier roman – «Le Carcan», parle de cadre, carcan social, de soumissions, de délations, de compromissions, de souffrances humaines, de la douleur, de la peur que génèrent toutes les sociétés qui ont traversé les âges depuis le Moyen Age à nos jours, ceci pour formater les individus. Qu’est-ce qui vous a inspiré cette thématique?

 

 

C’est d’abord la constatation d’un nivellement trop «horizontal» de la société, cette obéissance quasi globale que les individus semblent cultiver aujourd’hui envers les faits et les modes, cette uniformité commune des actes et de la pensée, ce conformisme banalisé, en un mot, ce triste «unisson» général des voix. C’est tout cela qui m’a poussé à écrire ce récit.

C’est ensuite le désir de créer une sorte d’univers littéraire parallèle qui aurait comme but d’exacerber les faits et gestes simples de la vie sociale pour mieux en dégager les banalités et les monstruosités. La volonté de forcer les aspects cauchemardesques de la société pour en faire mieux ressortir les absurdités.

C’est enfin le choix d’écrire un texte «parabolique», comme une fable, qui aurait comme thématique essentielle le célèbre adage de Jean-Paul Sartre: «L’enfer, c’est les autres.»

 

La peur, la différence, la marginalité? Des problèmes qui vous tiennent à cœur et qui nous concernent particulièrement aujourd’hui?

 

Pas nécessairement, même si on peut y trouver une manière d’analyse de notre société. J’avoue que j’ai voulu créer cet «univers littéraire parallèle» afin de pouvoir utiliser un langage fort, brut, «spectaculaire», pour exacerber l’ampleur de la fable.

 

Est-ce que chacun ne porte-t-il pas au fond de lui une part de cruauté et de mort, qu’il a intériorisées, contre lesquelles il doit sans cesse lutter?

 

Oui, mais la société ludique dans laquelle nous vivons ne propose plus de remise en question de cet état de fait. La vie est plus forte. J’ai plutôt l’impression que nous vivons dans une spirale de plaisirs matérialistes qui occultent les vrais questionnements existentialistes.

 

Qu’est-ce que l’écriture peut faire pour conjurer les peurs du monde qui nous entoure et dans lequel nous évoluons?

 

C’est une question extrêmement intéressante à mes yeux. Je m’explique: on ne trouve plus dans la grande littérature d’aujourd’hui les «grands» textes meneurs et formateurs qui ont assis en nous les belles pensées philosophiques d’hier et qui pouvaient produire certaines exigences intellectuelles et morales auprès des lecteurs que nous étions. Aujourd’hui, la lecture moderne, c’est presque essentiellement la fiction sous toutes ses formes. Je suis moi-même lecteur très attentionné et très impressionné du roman policier moderne et je suis ébahi par l’énorme importance que prend ce genre littéraire. Ce constat est pour moi indiscutable étant donné la qualité et la profondeur du genre. Mais celui-ci demeurera désespérément mineur. Pour résumer rapidement ce que je pense: je crois que – contrairement à ce que la grande littérature française et européenne des XIXe et XXe siècles a apporté à la société – la conjuration des peurs ne se trouve plus aujourd’hui dans la littérature, mais ailleurs, c’est-à-dire dans l’excessive présence des médias sous toutes ses formes. Même le cinéma a perdu la valeur merveilleusement «socialisante» qu’il avait dans la deuxième moitié du XXe siècle.

 

Pour vous, écrire est une nécessité, un monde parallèle, un prolongement du quotidien?

 

Pour moi, écrire est un acte extrêmement grave, qui demande une éprouvante solitude et une épouvantable humilité, un geste dans lequel tout peut être mis en valeur ou en doute. C’est en plus une trace nécessaire et profonde, sinon je crois qu’elle n’a pas lieu d’être. Mais je consens que l’écriture peut être quelque chose de magnifiquement ludique et qui se destine de plus en plus à la plus belle des façons de «meubler le silence ou faire taire le bruit»: LA LECTURE.

 

Avez-vous d’autres projets d’écriture en cours?

 

Oui. Un roman. Mais je n’en sais encore rien, sinon un indicible besoin d’écrire quelque chose «hors de moi», ce qui – hormis «Le Carcan» n’a jamais été ma première nécessité.

Je mets aussi un terme lent et difficile à un grand recueil de poèmes qui me tient à cœur et qui pourrait s’assimiler à un «doux adieu littéraire et testamentaire».

 

 

 

 

«Le Carcan» de Christian Michaud, Editions Persée. 2012

 

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jean-marc theytaz - dans littérature
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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 18:37

Sur les hauteurs fragiles

des herbes prises par le givre

les dentelles magiques

qui captent la clarté de l'aube

 

les oscillations de tes yeux

quand ils regardent  la clairière

habitée de lumière

 

les respirations discrètes

du chevreuil qui vient froisser

les graminées de la lisière

 

les frémissements de nos peurs

enfermées dans nos gestes timides 

 

les brillances d'un jour

qui se fait brume mouvante

 

les écritures figées

d'une eau vitrifiée2120424786_462771e352.jpg

 jusqu'au soleil plein

 

 

 

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jean-marc theytaz - dans littérature
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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 15:05

 

Mariage du rouge et noir, taches éclatées et vibrant de mille énergies, formes vagabondes qui semblent flotter dans un univers en apesanteur, Arshadir Zand a exposé dernièrement ses toiles à la Galerie Minuscule de Vercorin.

Un artiste iranien, établi en Suisse depuis 2009 et qui pratique depuis lors la peinture à plein temps. Dentiste de formation il a travaillé durant plusieurs années en Iran, ayant conduit ses études en Australie. Dans son pays il s’est notamment occupé des victimes de guerre et a également œuvré pour la défense des Droits de l’Homme dans un pays où ils sont singulièrement et régulièrement bafoués. En 2009 il a demandé l’asile en Suisse; depuis lors sa passion première, la peinture est devenue une véritable profession pour lui:« 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’apprécie surtout ce qui est contemporain, original et un peu «éclaté», tant au niveau des formes, des couleurs que des matériaux. Dans les peintures présentées, je laisse ressortir ce qui doit s’exprimer car ma peinture à l’acrylique se veut spontanée et suggestive des humeurs et des ambiances. Chaque tableau révèle deux couleurs, le noir et le rouge, ainsi que des symboles et des formes géométriques qui surgissent au gré de mon inspiration.»

 

 

L’artiste iranien s’intéresse beaucoup à l’art abstrait qu’il pratique avec sensibilité, finesse, spontanéité mais également avec cette faculté de découverte qui consiste à toujours aller plus loin dans ses recherches formelles et créatrices.

Si Ardashir Zand travaille avec l’huile pour ses œuvres plus réalistes qui ont des ancrages profilés par rapport au quotidien, il a également développé des techniques plus affinées pour ses créations abstraites, traversées de surprises, de rencontres improbables entre les formes géométriques et les couleurs; là l’acrylique et ses textures multiples sont au rendez-vous.

 

L’artiste évolue dans un quotidien qui a un poids, un relief, une densité particulière et qu’il trans forme en émotion, en lumières, en énergies que le spectateur peut capter et déguster. Des compositions qui touchent parfois à l’onirisme, à l’imaginaire avec son lot d’interprétations de la réalité. Son langage binaire, rouge et noir, permet d’infinies variations, comme une musique intérieure qui soutient et fait vivre une certaine forme de spiritualité.8afjjc0.jpg

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jean-marc theytaz
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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 14:38

 

 

5n7qvo0.jpgA plus de 80 ans, Oskar Rütsche ne faiblit pas dans sa passion pour l’art en général et la peinture en particulier. Toujours aussi inventif, découvreur de formes, enthousiaste, dynamique, diversifié dans ses créations, il nous propose de découvrir sa nouvelle exposition à la galerie Grande-Fontaine de Sion jusqu’au 16 février.

 

 Oskar Rütsche, né à Saint-Gall, a débuté sa carrière dans la production et la création textile avant de rejoindre les arts graphiques et de travailler plus de trente ans comme directeur d’agences de publicité. Mais son amour pour la peinture va l’amener à se former auprès de Johannes Itten, August Wanner et Josef Eggler: une formation technique de grande qualité va servir de base à un itinéraire très personnel dans la peinture abstraite qui va le faire exposer à Miami, New York, Prague, Paris (Salon d’automne 1986). Comme le dit Henri Maître, «

 

la mobilité technique et la faculté d’invention conduisent Oskar Rütsche à utiliser plusieurs supports et des éléments de composition variés, souvent en technique mixte...».

 

L’artiste joue alors avec les superpositions, les juxtapositions, accumulations, les parallélismes, les élancements, les débordements, les épanchements, les interpénétrations, tout un ensemble de modes d’expression qui se multiplient et se prolongent à l’infini, mais laissant également au tableau une sorte d’identité profonde dans sa pluralité technique et graphique... Un ensemble de lignes et de plans qui se lisent en découverte constante, avec des niveaux d’interprétations multiples, selon la sensibilité et les grilles de lecture du spectateur. Il faut se laisser pénétrer par ses agencements de formes et de plans, de noir anthracite et de rouge vermillon qui se parlent par échanges violents ou plus apaisés, avec un gris bleuté qui modèle des lumières aveuglantes parfois.

 

Effi Bolli allie des recherches formelles, graphiques et calligraphiques: ses encres de Chine s’intègrent sur des papiers imprimés sur lesquels courent des textes tirés de pages d’anciens livres. Effi Bolli a travaillé d’abord à la craie grasse, avec l’huile, l’aquarelle, l’acrylique, avant de s’intéresser plus particulièrement à l’encre de Chine.

«Entre le figuratif et l’abstrait, j’ai choisi une expression très sobre qui me permet de vouer toute mon attention aux détails. J’assimile le travail présent ici à un retour vers la sculpture, me concentrant sur la recherche de formes, associée parfois à celle du papier déchiré et de la composition par collage.»  

Exposition Oskar Rütsche,Effi Bolli, galerie Grande-Fontaine, Sion, jusqu’au 16 février.

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jean-marc theytaz - dans littérature
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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 19:49

 

 

 

 

 

 

Un rendez-vous important dans la vie de cette artiste établie à Grimisuat et qui mène depuis de nombreuses années une carrière fructueuse et diversifiée.

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Sa puissance expressive, sa force de création, son imaginaire sont en effet toujours renouvelés et nous proposent régulièrement de nouveaux travaux réalisés avec des matériaux de toutes natures, souvent usagers, et qui recomposés inventent des univers inédits, surprenants, détonants, dérangeants aussi parfois.

 

Beaucoup d’invention

Des têtes de taureau peintes de rouge qui donnent à penser à Mythra ou au Minotaure, avec cette animalité de laquelle pourrait descendre l’homme, des ailes, des oiseaux qui fendent l’air comme dans un envol magique, des calligraphies qui nous font remonter vers les temps anciens avec leurs mouvements, leurs flux d’énergies, leurs empreintes, autant de passages et de souvenirs devenus mémoire, un tonneau de fuel vide, peint en vermillon ,qui se dressent sur une stèle, des plateaux de pierre marbrée... autant d’œuvres qui nous font voyager dans l’espace et le temps.

 

La technique de la céramique passionne Lou Schmidt, d’abord au sein de l’Ecole Suisse de Céramique (anciennement à Chavannes-près-Renens) puis auprès de grands maîtres japonais, Lou Schmidt développe son style et, au fil des ans et au gré de ses nombreux voyages notamment au Japon, au Mexique, en Inde et en Corée, évolue vers la sculpture monumentale.

 

Comme nous le dit le commissaire d’art Kurt Schmidt:

 

 

«Fortement attachée à la terre, et à une nature à la fois cathartique, inspiratrice et apaisante, Lou Schmidt réalise des pièces d’une grande légèreté poétique, souvent ludiques mais aussi à forte résonance spirituelle. Sur fond de méditation et d’affinités bouddhistes, l’artiste explore à travers ses pièces une certaine idée de la transcendance, un envol de la pensée vers un monde plus immatériel. En même temps, intégrées dans l’espace, ses sculptures jouent les intermédiaires entre l’homme et la nature, lesquels semblent dialoguer en toute quiétude.»

  

 

Expérimentation

Lou Schmidt a expérimenté et développé dans les années 80 un procédé sophistiqué mêlant céramique et objets métalliques soudés. A Grimisuat l’artiste travaille avec précision et rigueur le fer soudé associé à des objets métalliques trouvés, qu’elle marie à la terre cuite dans son four japonais à bois.

Notons que la mise en espace des œuvres dans les différentes salles du Manoir a été exécutée par Mats Olesen, délégué culturel et directeur du Manoir: on y découvre du rythme, des échos, des thématiques qui se marient très bien aux lieux d’exposition de ce bâtiment hors normes et très bien aménagé pour des expositions de différentes natures. Lou Schmidt est une artiste polyvalente, qui marie terre, objets métalliques, et qui pratique également des calligraphies de grand format. A découvrir.

 

 

 

Que représente pour vous cette exposition au Manoir? Une rétrospective, un temps d’arrêt, un regard en arrière et vers l’avenir?

 

Cette exposition revêt une importance particulière pour moi. Elle représente un point de réflexion et un regard vers l’avenir, un instant privilégié et intense.

 

«Rendre visible l’invisible...», l’intuition, l’instinct vous habitent, êtes-vous toujours imprégnée de la culture japonaise?

 

Oui, je suis encore touchée et habitée par cette philosophie surtout que j’utilise toujours mon four à bois japonais. Une philosophie qui va à l’essentiel, dans la patience et le travail.

 

Quel rôle a joué le «Jardin des sculptures» de Grimisuat, cet écrin niché entre plaine et montagne, vignes et forêts sauvages? Un lieu de vie, de création, de naissance permanente?

 

Le «Jardin des sculptures» est un lieu privilégié, traversé d’énergies positives. Il s’agit d’un lieu de vie et de création, de méditation et d’habitation, un coin de terre essentiel dans mon processus de création

 

La terre, le fer, l’aluminium,les soudures, les matériaux vous fascinent par leurs potentialités infinies?

 

Absolument. Je reste ouverte à tous ces matériaux pour réaliser mes idées. De leurs complémentarités et leurs interactions ils permettent de toujours inventer et d’aller de l’avant.

 

Nombre de vos sculptures ont une dimension spirituelle, qui parlent d’envol, de légèreté, de pensées spirituelles. Que veulent nous transmettre vos œuvres?

 

La transmission spirituelle de mes œuvres est spontanée et souvent inconsciente. Elle se fait de façon naturelle même si cela demande parfois des efforts de concentration intérieure.

 

Vos sculptures monumentales, avançant dans l’espace comme des ailes, des tableaux à trois dimensions?

 

Mon objectif consiste à évoluer avec des œuvres plus grandes dans des espaces illimités; de nouvelles dimensions et de nouvelles significations prennent alors corps.

 

Vos sculptures sont présentes dans plusieurs espaces publics-un destin idéal pour vos réalisations?

 

Oui, avec des œuvres publiques on s’adresse à un public plus grand et plus diversifié.

Des projets immédiats?

 

J’aimerais transformer à nouveau mon «Jardin des sculptures» et l’ouvrir au public.

 

 

 

 

 

Exposition de Lou Schmidt au Manoir de Martigny jusqu’au 10 février.

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jean-marc theytaz
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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 16:44

 

Deux livres viennent de paraître dans la collection Le cippe consacrés à Corinna Bille, qui aurait eu 100 ans en 2012.

De nombreux articles ont été consacrés à cette écrivaine qui a su dire le Valais avec tant de sensibilité, de finesse et de beauté, le tout dans un souffle créatif exceptionnel. Le premier ouvrage est un recueil d’hommages à Corinna Bille dirigé par PatrickAmstutz, poète; on y retrouve de nombreuses plumes, de Nicolas Bouvier à Gilberte Favre, en passant par Anne Cuneo, Germain Clavien ou Raymond Vouillamoz. Un éventail de sentiments, de souvenirs, d’impressions, dits avec sincérité et simplicité, sur cette créatrice unanimement reconnue et qui a su apporter un éclairage extraordinaire sur un coin de pays lumineux, mystérieux, profond.

Le second ouvrage est consacré à «Théoda», un roman de Corinna Bille. Il est l’œuvre de Pierre-François Mettan. Le professeur de français et d’anglais au collège de Saint-Maurice a déjà édité les articles que Maurice Chappaz a publiés dans les journaux, sous le titre «journal intime d’un pays», Conférence, 2011. Un ouvrage contenant la correspondance entre S. Corinna Bille et Maurice Chappaz est en cours de préparation.

 

Patrick Amstutz, commentest née l’idée de ce recueil d’hommages à Corinna Bille?

 

Depuis plus de trente ans, des gens valeureux ont défriché le terrain biographique de Corinna Bille et ont promu son œuvre au-delà des Alpes. Mais toute œuvre, dans sa réception, connaît des hauts et des bas. Voyant arriver le centième anniversaire de sa naissance, je me suis dit qu’il fallait absolument profiter de ce moment commémoratif pour attirer à nouveau l’attention sur un auteur majeur de notre paysage littéraire.

 

Ce recueil d’hommage à Corinna Bille réunit un éventail de signatures éclectique; quels ont été les critères de choix?

 

L’éclectisme des contributeurs que vous soulignez est motivé d’abord par la volonté de rendre compte de la diversité des approches que suscite l’œuvre de Corinna Bille.

Et cette richesse multiple est le reflet de la complexité, féconde et foisonnante, des textes de Corinna. Par ailleurs, l’hommage rendu est lui-même ainsi très vivant, qui rassemble des contributeurs dont les âges et les compétences sont très variés, les talents et les disciplines venus d’horizons divers.

Elémentaire élégance si l’on veut célébrer une œuvre elle-même si vivante.

 

Qu’y a-t-il de spécifique dans ce recueil par rapport aux autres hommages publiés l’année passée?

 

Ce n’est ni un événement temporaire ni une réédition opportune. C’est un ensemble, composé avec soin et cohérence, de textes écrits spécialement pour l’occasion, donc tous inédits, par des amoureux de Corinna, qu’ils soient cinéastes ou écrivains, universitaires ou journalistes. S’y joignent, de manière complémentaire, des images également inédites dessinées exprès par des plasticiens ou des œuvres d’art méconnues en lien avec Corinna et son univers imaginaire.

 

Concernant le livre de Pierre-François Mettan, comment aborde-t-il le premier roman «Théoda» de Corinna Bille?

 

Ce roman a une double importance: il est inaugural et très réussi.

C’est à la fois une œuvre de jeunesse et un superbe récit, écrit déjà avec une maturité de moyens et une vraie maîtrise. Pierre-François Mettan nous le présente sous tous ses aspects, et précisément, d’emblée, en montrant en quoi il est aussi, déjà, la matrice de thèmes qui hanteront toute l’œuvre de Corinna.

 

Qu’apporte-t-il à la compréhension de l’œuvre?

 

Beaucoup! Sur les lieux, sur les personnages, sur le travail d’écriture. Pierre-François Mettan analyse les faits avec pertinence. Et lucidité, pour ce qui est des indications liées aux archives Bille. Corinna n’aurait pas approuvé le suivi posthume de ses œuvres tel qu’il fut réalisé.

 

Pouvez-nous nous rappeler les objectifs de votre collection Le cippe?

 

Il s’agit de faire circuler à travers la francophonie des petites monographies, rigoureuses et vivantes à la fois, sur les grands textes qui irriguent notre merveilleuse langue française, et la Suisse n’est pas en reste de talents formidables.

Pour approfondir, à peu de frais et dans le vocabulaire de tous, des livres qu’on a tous aimés. On a déjà des cippes passionnants sur Nicolas Bouvier ou Ella Maillart, Charles-Albert Cingria ou Ahmadou Kourouma, Agota Kristof ou Emmanuel Dongala, entre autres.

Avez-vous d’autres projets par rapport à l’œuvre de Corinna Bille?

Oui. Mais, pour l’heure, je n’en dirai pas plus.

£

«Un recueil d’hommages à Corinna Bille» aux Editions infolio/le cippe. Collectif.

«Théoda de S. Corinna Bille», de Pierre-François Mettan, aux Editions infolio-le cippe-études littéraires.

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jean-marc theytaz - dans littérature
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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 16:42

 

On connaît en Suisse les écrivains du voyage, qui ont parcouru la planète, l’ont ressentie, l’ont habitée, l’ont écrite, décrite, qui se sont vu transformés par le voyage,... Nicolas Bouvier, Lorenzo Pestelli, Thierry Vernet le peintre, Ella Maillart, Annemarie Schwarzenbach et aujourd’hui Aude Seigne...

 

Les éditions Zoé publient un ouvrage intitulé «De Monde en monde. Reportages, 1934-1942» un univers d’histoires, de constats, d’informations géographiques et historiques, données par Annemarie Schwarzenbach. L’année 2012 était particulière puisqu’on y célébrait le 70e anniversaire de sa mort. Plusieurs ouvrages la concernant ont paru, chez Payot par exemple avec la biographie de Dominique Laure Miermont, «Annemarie Schwarzenbach ou le mal d’Europe», un premier roman inédit «Les Amis de Bernhard» chez Phébus, et chez Zoé ce livre de reportages.

 

Travail et vivacité

 

Dans «De Monde en monde. Reportages», Annemarie Schwarzenbach se montre une journaliste consciencieuse, tatillonne même, une grande travailleuse comme d’ailleurs dans son œuvre romanesque. On y trouve un intérêt sans faille et sans frontières pour toute l’actualité et le monde qui l’entoure, pour l’ouvrier allemand confronté à la montée du nazisme, en 1937, pour la rue arabe en 1940, pour la politique américaine et son emprise sur le monde, pour l’Histoire et les petites histoires, pour l’universel et le particulier. Elle démontre un grand esprit de synthèse, de compréhension des êtres et des choses, une acuité d’observation, une grande capacité d’analyse aussi. Annemarie Schwarzenbach (1908-1942) a eu plusieurs cordes à son arc, travaillant comme écrivaine, photographe, journaliste, archéologue. Ses reportages la conduisirent sur les routes du monde, d’Istanbul à Persépolis, de l’Europe centrale à New York, de Lisbonne à Brazzaville, de Madrid à Tanger. La lutte contre le nazisme l’a marquée, elle qui s’intéressait de près au devenir de l’Europe. Elle a su saisir son temps avec sensibilité et finesse. Elle su mêler à ses écrits des passages au ton poétique, abordant l’existence avec humanisme et une certaine forme d’empathie. Et comme le dit Arnold Kübler, journaliste, même si elle avait accès aux personnages les plus importants de son époque elle porta toujours une grande attention aux gens simples, aux exclus, aux laissés-pour-compte. Des rencontres fortuites dans le chemin de fer, au coin de la rue, chez l’habitant, des rencontres qui disent l’atmosphère d’une époque, de lieux multiplesetdifférents.

«

 

De Monde en monde. Reportages» d’Annemarie Schwarzenbach, éditions Zoé, 2012, Fr 34.00

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jean-marc theytaz - dans littérature
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 16:19

 

 

 

 

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20 ans de peinture, un cap significatif pour Jérôme Rudin, peintre vaudois établi à Chamoson, très connu aussi pour ses liens avec la jet-set qui a fait rayonner son image loin à la ronde en Suisse et en France: à cette occasion Vercorin l’a invité dans sa Maison Bougeoisiale pour une grande exposition qui durera jusqu’au mois d’avril 2013; un événement marquant dans la carrière de cet artiste hors du commun, qui fréquente beaucoup de monde dont en particulier de nombreux mécènes:

 

 

 «les collectionneurs font partie de mon univers de peintre; ils m’aident à progresser, à avancer, à innover, à me fortifier. Les mécènes permettent aussi de gérer mon travail, car s’impliquer douze heures par jour, n’est pas chose évidente. Il y a la peinture, qui vous prend un maximum d’énergie, cette liberté qui permet de réfléchir, de peindre et puis il y a l’engagement de l’homme, total, complet qui offre la possibilité de toujours aller plus loin.»



 

 

 

Des thèmes significatifs

 

Pour marquer d’une pierre blanche cet anniversaire Jérôme Rudin nous propose après plusieurs événements phares qui ont jalonné 2012, une grande exposition dans la Maison Bourgeoisiale de Vercorin avec comme thématique significative «Les vases chinois», une constante depuis le début de sa carrière il y a vingt ans, et «Les chalets», un sujet qu’il nous avait offert en février de cette année et qui a connu un grand succès.

Près de quatre-vingt tableaux, de différents formats et de techniques mixtes, des œuvres caractéristiques de son évolution artistique au fil des ans, qui nous donnent à découvrir nombre de paliers important de son cursus en peinture. «

 

Dans cette exposition je veux rendre hommage à Vercorin, un lieu authentique et vrai, qui m’a accueilli les bras ouverts. Dans la série des «chalets» le succès a été immédiat, je viens d’ailleurs de vendre l’un de ces tableaux à une collectionneuse qui l’a placé chez elle entre un Van Gogh et un Vermeer. Amusant, non... Ce thème s’est imposé à moi, je ne l’ai pas choisi...

»

A Vercorin l’on peut trouver des œuvres de grand et moyen format, des natures mortes, vases, verres, pots, avec des couleurs fortes et violentes, des fleurs noires, rouges sur des fonds stridents; Jérôme Rudin nous propose aussi des tableaux abstraits, avec des superpositions de couleurs aux contrastes forts, des explosions de luminosités, des surgissements de géométries variées avec des zones flamboyantes ou plus obscures, des compositions savamment équilibrées, des étagements de plans, d’espaces vivants, de stries qui forment comme une musique dans le monde intérieur du spectateur.

 

 

Recherche de l’authenticité et voyages

 

«Je suis comme un peintre qui vit à l’ancienne, œuvrant avec les collectionneurs et les mécènes. L’année prochaine je travaillerai fréquemment au Maroc où j’aurai un atelier; les aller-retour entre le Valais et le Maghreb seront fréquents.Dans deux ans par ailleurs je prévois une grande exposition dans la capitale française, des projets qui me motivent fortement.EnValais l’ambiance est bonne, mais le travail d’artiste me fait aussi traverser des moments de solitude qu’il faut apprendre à vivre de manière sereine et à gérer. Je cherche des choses authentiques et ma présence ici à Vercorin s’inscrit dans cette direction vers la simplicité et la sincérité. Toute une démarche qui m’apporte une force intérieure et un désir de peindre toujours présent...»

nous dit Jérôme Rudin.

Les vingt ans de peinture de l’artiste ont été marqués par plusieurs événements phares dont des expositions et des events, à Vercorin, Montreux, Fribourg et dans divers autres endroits de Suisse. L’exposition actuelle à la Maison Bourgeoisiale se tiendra jusqu’au printemps 2013 et Jérôme a déjà un calendrier rempli jusqu’a fin 2014.

 

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jean-marc theytaz
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 15:50

 

 

642gem0.jpgBastien Fournier, écrivain valaisan professeur à Saint-Maurice, nous livre à chaque rentrée littéraire, depuis plusieurs années, un nouveau livre.

 

Après des pièces de théâtre et des romans notamment publiés à l’Hèbe, l’écrivain nous offre maintenant un roman «Pholoé» aux éditions de l’Aire.

 

Un texte d’une petite centaine de pages, dense, à l’écriture concise et nerveuse, aux phrases courtes, sans artifices ni fioritures, qui va à l’essentiel, un sujet, un verbe, un complément....

 

Une construction formelle qui nous fait à nouveau penser à celle du Nouveau Roman, de Robbe-Grillet ou Michel Butor, avec cette attention portée aux objets, aux situations décrites avec méticulosité, aux gestes, aux descriptions conduites avec finesse et une grande économie de moyens. Les personnages, les événements, les décors se superposent, dans un monde qui peut parfois nous paraître froid, insensible, distant. La psychologie y est absente, tout semble évoluer sur un rythme qu’imprime la phrase toujours courte et succinte.

Phloé, une adolescente habitée par des idées d’affranchissement et d’envol, d’embrasements et de consumation aussi, vit seul avec son père qui a perdu sa femme. Elle se disperse en rencontres amoureuses diverses, découvre les emportements de l’amour charnel aussi, ses sens lui apportent émoi et troubles et elle pense que tout ça la fera se découvrir à elle-même .

Mais des doutes et des inquiétudes s’installent et comme le dit l’éditeur «

sa quête initiatique est empêchée par la peur, parsemée de questions, ravagée par une angoisse tout existentielle.

»

Sur le chemin des feux de joie,par exemple la rencontre avec Hannes va lui faire goûter à des brûlures et des jaillissements lumineux. Pholoé est exigeante, elle a soif d’absolu et, malgré la peur au fond d’elle il y a un espoir , une espérance de vie meilleure et authentique... «

Pholoé est un hymne à la vie, un appel à la joie, un cri de désir qui peut être entendu.»

Le roman de Bastien Fournier est court (90 pages) mais très entraînant et envoûtant par la musique de son écriture; ses pulsions nous donnent à découvrir un univers parfois aseptisé mais qui laisse apparaître une architecture signifiante quand même, comme habitée, peut-être est-ce l’imagination du lecteur...

 

«Pholoé» de Bastien fournier aux éditions de l’Aire.

 

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jean-marc theytaz - dans littérature
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 20:48

Corinna Bille a aimé le Valais par-dessus tout; à la folie, comme dans un rêve éveillé, une histoire de faunes, de silènes et de fées qu’elle aurait écrite._

Elle a vécu en symbiose avec lui, avec ses remugles telluriques, avec ses respirations les plus intimes, avec ses flux de lumières, ses silences, ses ébranlements, ses fulgurances, ses gouffres aussi. Comme elle le disait elle-même, la souffrance et le bonheur sont insupportables; Corinna avait besoin de la nature pour vivre au quotidien, de même que de l’écriture pour se trouver une harmonie, un équilibre, un espace de liberté et d’identité.

Fragile et belle comme une libellule sur un étang de Finges, son corps ressentait les moindres vibrations et tremblements d’une forêt de pins, les nouaisons et les vagues d’une écorce de mélèze, les surgissements d’une montagne massive et légère à la fois, qui l’invitaient à devenir encore plus cette enfant qui s’émerveillait de tout, jouait avec le vent, courait dans les allées de peupliers, foulait l’herbre fraîche du printemps valaisan.

Corinna Bille vivait avec cette passion qui lui permettait de rencontrer les âmes errantes des êtres en-allés, le cœur palpitant de la terre et de l’argile dont nous sommes faits, la pureté et la transparence des sources vives, l’infini des glaciers et des neiges rosée par le sable du Sahara. Avec son mari Maurice Chappaz ils ont su chacun à leur façon faire du Valais un être de chair et de sang, traversé de mille tempêtes et mille embrasements, qui côtoie l’éternité: une poésie haletante, qui augmente l’étendue des jours et les rend encore plus odorants, plus colorés, plus salivants.

Sa poésie est toute de saveurs et d’embruns, de lumières forestières, aquatiques, de fluidités avec les sources alpestres, les cris flutés des mésanges, des fauvettes ou les vols silencieux de la buse et de l’aigle royal.

Avec elle espace et temps s’abolissent pour retourner aux sources primitives du premier matin du monde, être de boue et de limon, ces flux souterrains qui transcendent l’accidentel et l’instant pour retrouver une éternité faite de ruisellements lumineux.

Corinna Bille c’est également un monde onirique, de rêve et d’imagination, un univers qui laisse ouverts tous les chemins de l’invention et de la créativité. Sentes peuplées d’êtres magiques, de paroles à naître, de mondes en devenir, où les chevelures des étoiles et des comètes rejoignent les parfums des océans lointain.

 La transparence des yeux de Corinna, la voûte pure et lissée de son front, ses cheveux de vent et de soleil, tout nous conduit dans le berceau de sa poésie et de son écriture; un bouquet de musiques inoubliables, des rythmes qui simpriment dans l’âme et dans le cœur, des voyages intérieurs, dans le silence blanc des êtres touchés par une forme de grâce.
Jean-Marc Theytaz

 

tiré de "Hommages à Corinna Bille" des éditions Le CIPPE-INFOLIO-Etudes littéraires, sous la direction de Patrick Amstutz-poète et professeur

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