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Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 22:50

103282zz-1-.JPGAnne Bottani-Zuber, née à Sierre, vient de publier son premier ouvrage aux éditions de l’Aire à Vevey: un roman de 252 pages, dense et rythmé, frais et riche d’émotions qui nous conduit dans l’aventure d’Aline, étouffée dans un milieu d’origine profondément catholique et moral.

Mal dans sa peau dans ce milieu aux cadres et structures rigides, avec des normes paralysantes et une sorte de confinement émotionnel et existentiel, la jeune fille va peu à peu s’émanciper, s’affranchir de cette atmosphère pesante. Sa libération intérieure va passer par sa curiosité pour les livres, le monde qui l’entoure, elle qui n’a pas fait d’études va s’ouvrir à l’Autre, rencontrer des gens, se construire petit à petit. Les problèmes sociaux, politiques, humains la touchent: elle se plonge dans l’actualité qui devient sienne se mettant également à se passionner pour différents domaines artistiques. Avec le temps elle trouve ainsi sa propre identité, développe une estime de soi et un respect pour elle-même et les autres très avancé...une manière de s’épanouir et d’adhérer à l’existence.

Enseignante pour les immigrés

Anne Bottani-Zuber vit actuellement à Lausanne: elle a durant de longues années dipensé des cours de français à des adultes immigrés: elle a par ailleurs mis au point de nouveaux outils pédagogiques et s’occupe maintenant d’enfants présentant des difficultés scolaires. Elle signe aujourd’hui avec «Aline ou les cahiers de ma mère» son premier roman; d’autres sont déjà annoncés. Interview de l’auteure mais aussi de l’enseignante aux immigrés.

Qu’est-ce qui vous a conduite sur les chemins de l’écriture: une envie de mieux appréhender le réel?

L’écriture me permet d’appréhender le réel et aussi de m’en affranchir. J’écris (en empruntant la formule à je ne sais plus qui) parce que « vivre ne suffit pas ».

Quelles sont les parts de fiction et de réalité vécues dans ce roman et que pensez-vous de l’autofiction qui a pris beaucoup de place dans le roman français contemporain ?

Je répondrai en citant Max Gallo dans «L’amour au temps des solitudes»: «Rien dans ce livre ne saurait être confondu avec des personnages ou des situations réels. Tout y est imaginaire. Et donc tout ce qui est écrit ici peut avoir eu lieu.»

Quand à l’autofiction, c’est un genre que je connais peu ; cependant j’ai beaucoup aimé «La femme gelée» d’Annie Ernaux.

Le multiculturalisme a-t-il une chance de se développer de manière harmonieuse en Suisse ?

Je n’en sais rien. Le multiculturalisme a lieu. C’est un fait de société. Mais cela ne va pas sans causer de problèmes. La réponse est politique. D’un côté il n’y a jamais eu en Suisse autant d’argent pour soutenir les actions qui promeuvent l’intégration des étrangers. Mais de l’autre, il y a l’UDC et leurs amis qui, chaque année - ou presque - lancent des initiatives anti-étrangers. Ils ont trouvé le parfait «bouc émissaire», ce qui nous évite de régler nos problèmes. Et cela marche. Pas seulement auprès de la population, mais aussi auprès de certains partis politiques qui durcissent le ton. J’ai bien peur qu’au bout du compte ce soit eux qui «mènent le bal».

Quelle est la force d’un livre, d’un témoignage, dans ce climat de racisme qui se crée parfois dans notre pays par le biais de certains partis politiques ?

Elle est importante mais ni plus ni moins que toutes les actions d’intégration qui sont menées avec les immigrés. Je pense particulièrement à l’Association Français en jeu du canton de Vaud pour laquelle j’ai eu la chance de travailler pendant plusieurs années ainsi qu’au Centre de Contact Suisses-Immigrés du Valais central. Sans ces «militants» de base (je n’aime pas trop ce mot de militant car il me fait penser à militaire, mais je n’en trouve pas d’autre), rien ne serait possible.

Simone de Beauvoir, Sartre, Ella Maillart… des intellectuels qui ont montré le chemin?

A l’époque où vivait Aline, les livres de Simone de Beauvoir et de Sartre ont été les livres de chevet de beaucoup d’intellectuels. Même si plus tard ils se sont fourvoyés en soutenant des dictatures, ils restent des incontournables.

Quand à Ella Maillart, elle a osé faire ce que beaucoup de femmes et d’hommes n’ont pas osé ou pu faire à cette époque. Cependant je ne suis pas sûr que ce soit une intellectuelle. Je pense plutôt que c’était une grande voyageuse et une mystique.

«Aline ou les cahiers de ma mère» de Anne Bottani-Zuber aux éditions de l’Aire.

 

 

 

Par jean-marc theytaz - Publié dans : littérature - Communauté : l'art pour tous
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