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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 16:42
  1. L'auteur David Germanier, originaire de Nendaz  et résidant actuellement dans le canton de Vaud a publié cette année un roman aux éditions de l'Aire "Aimer la vitesse, le chianti, une actrice suédoise..."
  2. Voyage et dépaysement avec une écriture vive, rythmée, non dénuée d'humour.. Interview.
  3. Qu’est ce qui vous a amené à l’écriture et depuis quand pratiquez-vous l’art littéraire ?
  4. Pendant ma scolarité j’ai toujours été très à l’aise et heureux avec l’exercice tant redouté de la rédaction et de la dissertation. Même si j’ai vu longtemps mon père écrire et publier pour son travail de secrétaire communal et pour raconter les gens de sa région, mon choix de franchir le pas et d’oser porter à la lumière mon travail n’est pas dû à « une contagion » héréditaire. Ma démarche artistique est différente. Les sujets que je traite ne sont pas du tout ceux qui auront préoccupé mon père durant sa vie d’écrivain.  La lecture assidue et mes voyages ont été les véritables déclencheurs de l’aventure. Retrouver, de manière détournée, les odeurs intimes, les saveurs - peut-être perdues à jamais - des paysages traversés.
     
    Concrètement, j’ai débuté sérieusement il y a trois ans par l’écriture de « Singapore Flyer », un premier roman (non publié). Je narre la rencontre forcement sulfureuse d’une pilleuse internationale de musées et d’un jeune prodige de la peinture contemporaine. Elle vole par métier ce que lui s’éperdue à créer… Tout les oppose. Mais l’amour oblige parfois les gens à devoir prendre des risques invraisemblables pour le sauver.
     
    En juin 2016 j’ai publié à compte d’auteur un recueil de poésie intitulé « La petite-fille d’Amerigo ». Une fois le virus inoculé, il est trop tard pour s’arrêter…
     
  1. Pouvez-vous, en quelques phrases, résumer votre premier ouvrage aux éditions de l’Aire, et donner envie au lecteur de vous lire en lui dévoilant quelques points de repères essentiels, quelques jalons de votre narration ?

En quelques phrases : il s’agit de l’histoire d’un écrivain en panne d’inspiration. Désabusé, il décide (par désespoir) d’installer son bureau d’écriture à même le sable brûlant de la plage la plus sauvage du sud de la Californie. L’apparition dans les rouages d’un inattendu grain de sable va rapidement faire complètement « foirer » son impossible labeur.

Mais qui est donc cette mystérieuse femme qui un lundi matin étend son linge de bain à côté de lui ? Pourquoi et comment réussira-elle à l’attirer – malgré lui, malgré sa peur de l’eau - dans les rouleaux déjantés et orageux du Pacifique ? Et que dire de ce serpent ? Sinon que devenu jaloux et agressif il réussira à envoyer en enfer notre écrivain. Un pur enfer de romancier, avec son cortège de nostalgies, d’abandons, de ruffians, de palaces niçois, d’amours improbables, le tout sur fond de découverte de quelques lieux mythiques de la Riviera italienne.

Et si la mort se tenait finalement en embuscade au bout de la route ?

L’autre jour mon éditeur me disait, qu’à bien réfléchir, mon roman devait se découvrir, allongé confortablement sur le sable chaud des vacances. J’ai bien aimé cette idée et je serais enchanté que mes lecteurs le découvrent de cette manière-là. Je les encourage. Même si - entendons-nous bien - la probabilité qu’un mamba vert et qu’une jeune-femme à l’accent suédois ne viennent troubler leur sérénité de juilletiste restera cependant faible…

 

  1. Pour vous l’écriture est un dépaysement, une manière de voyager dans l’imaginaire, un mode de connaissance, une envie irrépressible, un besoin de respiration vital, une façon personnelle d’être au monde ?
    J’éprouve beaucoup de difficulté à expliquer mon rapport à l’écriture et à la création en général. La réponse se trouve peut-être indirectement dans les sujets abordés et le style littéraire envisagé. J’aime écrire à la première personne du singulier. Je sais cela très risqué car ainsi je m’expose inévitablement à l’habituelle confusion que les gens font entre écrivain et narrateur.
    Je constate aussi que je dois être momentanément « amouraché » d’une femme et de « sa géographie » pour trouver l’inspiration et écrire. Sans cela il ne vaut même pas la peine d’essayer, mon travail sera stérile. Par exemple, j’ai travaillé de A à Z sur Aimer la vie la vitesse avec la voix d’Alicia Vikander dans les oreilles. Porté aussi par le souvenir de la beauté inoubliable des plages à surfeurs de Malibu. La partie consciente écrit avant tout pour nous évader (moi et le lecteur) d’un quotidien qui est souvent stressant et contraignant. On peut tourner en rond, comparer jusqu’à plus soif, disserter, mais la fiction dépassera toujours la réalité. Seules ces énergies particulières que sont le sentiment amoureux, la sensualité, la poésie, le dépaysement, la beauté des êtres et de la nature me permettent d’envisager un labeur qui me tiendra forcement éveillé jusqu’à plus d’heure. Comme il est très difficile de rompre avec quelqu’un que l’on a aimé - dans les conditions d’inspiration décrites plus haut - j’avoue qu’il peut être très pesant et triste de mettre un point final à une histoire. D’ailleurs si vous lisez bien les ultimes pages de mon roman, vous vous  apercevrez que l’aventure du narrateur et de sa muse n’est pas vraiment terminée…
     
    Pour ce qui est de mon inconscient, les choses sont beaucoup plus compliquées et « souterraines ». Comment expliquer, qu’une fois les scènes « aquatiques » d’Aimer la vie la vitesse… bouclées, j’aie décidé de vaincre ma peur originelle de l’eau et d’apprendre à nager à quarante-deux, prenant complètement (et de manière irréversible) à contre-pied mon ancienne existence terrienne de « bon valaisan » ?
    Je peux facilement me retrouver dans votre ultime proposition, une façon personnelle d’être au monde.
     
  2. A quel écrivain francophone ou d’ailleurs vous rattacheriez-vous ?
    Je n’arrive pas à départager deux écrivains qui m’inspirent particulièrement. Il s’agit d’Olivier Rolin et de Christophe Ono-dit-Biot. Tous les deux maîtrisent à la perfection la déclinaison d’ingrédients qui me préoccupent aussi et guident constamment mon travail: la recherche de la perfection dans le style d’écriture, la sensualité du récit, l’omniprésence de l’attirance homme-femme comme trame narrative et la déclinaison du voyage sous toutes ses formes.
    Récemment, j’ai pleuré (en cachette) après avoir dévoré et terminé en une nuit « Une vie à t’écrire » de l’écrivaine espagnole Julia Montejo. Un véritable trésor traduit en français depuis peu.

Je garde aussi à proximité immédiate deux chefs d’œuvre (une nouvelle et un roman) de la littérature anglophone. Je les rouvre régulièrement, surtout lorsque tout va mal. « L’étrange contrée » d’Ernest Hemingway et « L’avenue des mystères » de John Irving.

Enfin lorsque je monte dans un avion pour un vol long-courrier, toujours j’emporte avec moi « Du monde entier au cœur du monde » de Blaise Cendrars. L’exemplaire qui m’accompagne au fil des ans sert régulièrement d’herbier aux fleurs des versants jaunis d’Hollywood et des forets pluviales malaises.

  1. Quels écrivains valaisans vous touchent profondément ? Y-en-a-t-il ?
    Sans hésiter: le philosophe Alexandre Jollien !
     
    Mais pour être honnête je n’ai jamais eu de considération particulière pour l’idée du régionalisme, ni dans mes lectures, ni dans mon quotidien de Valaisan devenu, au fil de l’exil, un Vaudois d’adoption. Mes (éventuelles) racines n’ont jamais été pour moi une source de fierté ou de différence. Au contraire, j’entrevois désormais des indices qui me font fortement douter : la naissance qui donne matérialité aux origines d’un enfant n’est peut-être pas, comme on le croit usuellement, le tout début de l’histoire d’une vie. J’aborderai d’ailleurs ce sujet dans mon prochain roman.
     
    Personnellement, j’aime beaucoup Noëlle Revaz. Je la considère comme la romancière-phare du canton, même si je crois qu’elle ne vit pas actuellement en Valais. Gardez-le pour vous, mais j’aimerais bien passer une journée avec elle, faire sa connaissance, découvrir son environnement de création. Comprendre « son » Valais intime et ses racines.
     
  2. Avez-vous des projets ou des chantiers en route ?
    Depuis quelques mois je travaille sur un nouveau roman. Je n’en ai pas fini avec les histoires d’amour et de grand large. Depuis mon récent apprentissage tellement illogique et inexpliqué, une citation de Paul Eluard malmène le peu d’esprit cartésien qu’il reste encore en moi. Elle en sera le fil conducteur de cette nouvelle intrigue qui forcera mes lecteurs à entreprendre une longue et profonde apnée en compagnie de mes personnages. Plonger avec eux dans cet invraisemblable cimetière marin qu’est devenu au fil des ans la Mer Méditerranée… Et s’il n’y avait pas de hasard ? S’il n’y avait que des rendez-vous?
     
  3. Comment conciliez-vous vie professionnelle et écriture ?
    Concilier écriture et vie professionnelle exige de dormir peu et de ne jamais envisager l’utilité d’une grasse matinée. Mes enfants trouvent que je suis devenu hyperactif (je nage aussi deux fois par jour). Les années passant, ma femme constate que je ne fonctionne bien qu’avec le moteur de la passion chevillée au corps.
David Germanier

David Germanier

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jean-marc theytaz
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